Escalquens, mardi 20 heures : scène mortelle de la vie des banlieues
SOCIÉTÉ. RÉACTUALISÉ À 16H00.
Un commerçant poursuit en voiture le tout jeune homme qui vient de le braquer, grimpe sur un trottoir, le percute et le tue contre un mur, mardi soir à Escalquens.
Garde-à-vue pour ce boulanger d'abord. Puis ce jeudi à 14 heures, le procureur de la République à Toulouse, Patrice Michel indique avoir ouvert une information pour «violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner».
L'homme est laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Quant au jeune homme mort, il est établi selon le parquet qu'il a commis une «tentative de vol». La jeune caissière de la boulangerie l'ayant gazé à la bombe lacrymogène, il s'est enfui à pied sans demander son reste.
C’est alors que le commerçant saute dans son véhicule, part à sa recherche et tombe sur lui 300 mètres plus loin. Les circonstances du choc sont encore dans le «flou» selon le parquet.
Une trace de main ensanglantée a seulement été relevée sur le capot avant du véhicule.
Trente heures après les faits, le procureur Patrice Michel dit ne pas disposer des résultats de l’autopsie qui devraient indiquer comment le choc s’est produit. Seul témoin de la scène, le boulanger explique aux policiers que le braqueur le braquait de son arme.
Le magistrat dit encore ne pas pouvoir décrire cette arme, ne l’ayant «pas vue». Ce ne serait toutefois pas un jouet mais peut-être une reproduction d’arme ancienne. «Il faut l’expertiser, ajoute-t-il, pour pouvoir dire si elle était ou non en état de tirer».
Le boulanger, déjà victime d’un braquage en novembre dernier, est parfois décrit par ses voisins comme un homme très «entreprenant, dynamique», quoique quelquefois «un peu fougueux» avec ceux qui lui tiennent tête.
Le braqueur est décrit comme un garçon «poli et gentil» par le maire de son village, voisin de celui d’Escalquens, où il n’aurait en tout cas «jamais créé de problème».
Le véhicule qui l’a percuté est un gros 4x4 Chevrolet et l’arme du jeune homme, une réplique de vieille pétoire.
Escalquens est un gros village de la banlieue Est de Toulouse nouvellement urbanisée.
La caricature était presque parfaite.
Á l’angle de la rue du Grand Sud où le jeune braqueur a trouvé la mort, à Escalquens, il y a des traces de sang sur le trottoir et jusque sur le mur de clôture de la propriété contre lequel il s’est retrouvé coincé.
GLv. |
20 mars 2008
Toulouse: un boulanger écrase Pierre Soum, son braqueur...
Le braqueur, un jeune homme de 19 ans, Pierre Soum, demeurant à Odars, une commune voisine, est mort quelques minutes plus tard. Les conditions de la collision, qui apparaissent pour l'instant ambiguës, sont au cœur de l'enquête. Les gendarmes ont effectué de nombreuses constatations sur le mur pour déterminer si le jeune homme a été écrasé ou projeté.
« Quand l'alarme sonne dans mon tabac la nuit, je ne descends pas avec une brosse à dent », glisse un buraliste. Les techniciens en investigation criminelle de la gendarmerie ont effectué des mesures et des prélèvements sur place. Un acte rare identique à la reconstitution qui elle est organisée durant une instruction. En toute logique, sur un fait qualifié a priori d'homicide involontaire, une information judiciaire devrait être ouverte. L'enquête a été confiée à la brigade de Montgiscard et à la brigade de recherches de Villefranche-de-Lauragais. La trace au sol du corps du braqueur mort devant une maison d'un
lotissement d'Escalquens.
C'est le braquage de trop, un braquage malheureusement banal mais qui cette fois tourne au drame. Mardi 18 mars vers 20 heures, un boulanger d'Escalquens, braqué pour la deuxième fois en quatre mois, saute dans son 4X4, rattrape le malfaiteur, à pied, et le percute violemment. Le braqueur, un jeune homme de 19 ans, Pierre Soum, demeurant à Odars, une commune voisine, est mort quelques minutes plus tard. Le boulanger a, lui, été placé en gardeà vue. Acte volontaire, accident, légitime défense ? Les conditions de la collision, qui apparaissent pour l'instant ambiguës, sont au cœur de l'enquête. Une remise en situation a été organisée pour cela dès hier soir sur ces faits sensibles qui posent toute la question de l'autodéfense.
Située près du carrefour de la route de Toulouse et de l'avenue de la mairie, la boulangerie Louis et Madeleine est une des plus actives du secteur. A 20 heures, heure de la fermeture, mardi, la jeune caissière âgée de 19 ans voit surgir un homme qui la menace avec une arme de poing. Elle saisit une bombe lacrymogène, gaze le braqueur qui s'enfuit à pied. Ses cris alertent le boulanger qui accourt avec deux employés. Excédé par des cambriolages à répétition, déjà victime d'un braquage le 26 novembre, à la même heure, le commerçant, Éric Verdier, se précipite au volant de son gros 4x4 Chevrolet. Il file avenue de Toulouse, tourne à droite dans le lotissement Grand Sud et se retrouve, à 300 m de la boulangerie, nez à nez avec le braqueur qui, lui, a coupé à pied par un autre chemin. Le commerçant a-t-il alors délibérément foncé sur le fuyard coincé, sur un trottoir, devant le mur d'une propriété ? D'après ses déclarations aux gendarmes, le boulanger aurait été menacé par le braqueur qui aurait pointé son arme vers lui. « Dans l'affolement, il est possible qu'il ait fait une fausse manœuvre », observe par ailleurs Me Georges Catala, son avocat, qui évoque déjà la légitime défense. Les gendarmes ont effectué de nombreuses constatations sur le mur pour déterminer si le jeune homme a été écrasé ou projeté. L'empreinte d'une de ses mains a été découverte sur le capot du 4X4, montrant qu'il a cherché à se protéger. Et son arme a été retrouvée. Une arme factice. Selon nos informations, ce garçon est soupçonné d'être l'auteur du braquage de novembre.
Un voisin : « Il était excédé »
« Je n'arrive pas à le croire. C'est dingue. Je ne pense pas que c'était son intention de tuer. Je ne sais ce qui s'est passé mais ce n'est pas quelqu'un comme ça. C'est un bosseur, quelqu'un qui en veut, qui est toujours là », témoigne une employée du restaurant L'Argentine, mitoyen de la boulangerie. Dans le voisinage, personne n'ignore que la boulangerie avait été braquée fin novembre et qu'elle avait été la cible de nombreux cambriolages. Le propriétaire des murs, l'ancienne ferme La Mercadale à La Cousquille, un habitant d'Escalquens, dresse lui aussi un portrait élogieux du boulanger, « un homme dynamique, qui est parti de rien et qui a monté la plus grosse boulangerie du coin. Il était excédé par les braquages. Il m'en avait parlé. » Âgé d'une quarantaine d'années, Éric Verdier est à la tête de plusieurs autres affaires : un centre de remise en forme, une agence immobilière et une société d'import-export. Un client évoque « un homme charmant, pas du tout un fou furieux ». À l'inverse, pour un autre habitant, « c'est un excité toujours sur le qui-vive. Il a agressé un livreur de pains. »
Commerçants armés
Chez le marchand de journaux et buraliste de l'avenue de Toulouse, déjà victime de cambriolages, on n'excuse pas mais on « peut comprendre ». « Comme nombre de commerçants, on bosse beaucoup. C'est déjà très difficile. Être cambriolé ou braqué, c'est insupportable. » Immanquablement, le débat sur l'autodéfense refait surface. Face à une délinquance qui se banalise, le discours est le même d'un commerce à l'autre de l'agglomération toulousaine. Que ce soit à Escalquens, commune néorurale de
6 000 habitants, qui n'est pas la plus exposée, ou ailleurs. « Quand l'alarme sonne dans mon tabac la nuit, je ne descends pas avec une brosse à dent », glisse un buraliste. « On a de plus en plus de demandes de gens qui veulent une arme », confirme de son côté un gendarme. Et, systématiquement, la justice est pointée du doigt par les commerçants.
La garde à vue du boulanger a été prolongée hier soir. Quel sera son sort judiciaire ? « Je prendrai une décision demain matin », a indiqué hier soir Patrice Michel, procureur de la République adjoint, pour qui « toutes les hypothèses » étaient hier encore envisageables. Le choc, très violent, s'est déroulé de nuit, en l'absence de tout témoin. Seul le commerçant était au volant de son véhicule. Ses deux employés ont poursuivi le fuyard à pied. Les conclusions de l'autopsie, pratiquée hier après-midi, seront capitales pour dire quel est le choc qui a causé la mort. Les techniciens en investigation criminelle de la gendarmerie ont effectué des mesures et des prélèvements sur place. Le 4X4 a fait aussi l'objet d'un examen minutieux. Ces constatations techniques devraient permettre de reconstituer la scène. Enfin, pour prendre sa décision, le chef du parquet a décidé d'organiser, dès hier soir, à 21 h 30, une remise en situation des faits. Un acte rare identique à la reconstitution qui elle est organisée durant une instruction. En toute logique, sur un fait qualifié a priori d'homicide involontaire, une information judiciaire devrait être ouverte. Reste à voir si le commerçant sera écroué. L'enquête a été confiée à la brigade de Montgiscard et à la brigade de recherches de Villefranche-de-Lauragais.
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A Odars, « un jeune sans histoire »
Le maire d'Odars, Serge Colle, est abasourdi. Sur les rotules. Le sourire de sa réélection au premier tour est vite passé aux oubliettes depuis l'appel de son confrère Alain Serieys, le maire d'Escalquens, lui annonçant la mort de Pierre Soum, 19 ans, résidant de sa cité : « Pierre Soum était un gamin sans reproche. Il n'y a jamais eu au village le moindre problème avec lui. Aucune plainte n'a jamais été déposée. Un jeune sans histoires, je vous le garantis. Je ne comprends pas ce qui a pu se passer. » La famille Soum n'est pas inconnue dans le village, même si leur discrétion a toujours rythmé leur vie. Serge Colle l'affirme : «
Il y a toujours la grand-mère qui vit ici, sa tante et la maman de Pierre mais qui ne travaille pas sur Odars. Une famille bien intégrée qui n'a jamais eu d'ennuis. Ils habitent tous route de Revel à la sortie d'Odars vers Fourquevaux. » Ému, le maire ne s'étend pas outre mesure : « Pierre a l'âge de mes gamins. Il a fait toute sa scolarité ici. Je l'ai accompagné avec les miens lors des voyages scolaires. Chaque fois que je le voyais au village, il était toujours poli, gentil. Avec lui, aucun doute à avoir, il était toujours nickel, bien habillé. Pas du tout le genre malsain. Avec d'autres jeunes, ils se retrouvaient parfois sur la place. » La
secrétaire de mairie confirme ce constat : « Il a toujours été charmant garçon, grand et menu, toujours aimable. » À Odars, on ne comprend toujours pas… |